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Fonderie de Bretagne : la liquidation judiciaire prononcée, 244 salariés à Caudan

Le tribunal de commerce de Lorient a prononcé le jeudi 15 octobre 2026 la liquidation judiciaire de la Fonderie de Bretagne, à Caudan (Morbihan). Faute de repreneur, les 244 salariés du site voient leur emploi disparaître. L’usine, ancienne filiale de Renault, avait été reprise par Europlasma un peu plus d’un an plus tôt. C’est la fin d’une soixantaine d’années d’histoire industrielle.

Une décision rendue sans offre de reprise sur la table #

Selon la dépêche AFP reprise par Boursorama, c’est le délégué CGT Maël Le Goff qui a annoncé la décision devant le tribunal. Près de 200 personnes, salariés et lycéens, s’étaient rassemblées à proximité. Après l’audience, des ouvriers sont retournés à pied jusqu’au site de Caudan pour le voir une dernière fois.

Le calendrier des dernières semaines explique ce dénouement. D’après le récit publié par Unidivers, trois offres de reprise avaient été déposées le 11 septembre auprès des administrateurs judiciaires. Les candidats avaient jusqu’au soir du 12 octobre pour confirmer ou améliorer leur proposition. Aucune offre suffisamment ferme n’est arrivée. Le 13 octobre, les élus du CSE ont appris qu’aucune reprise ne pourrait être présentée au tribunal.

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De Renault à Europlasma, une usine fragilisée #

La Fonderie de Bretagne produisait des pièces en fonte pour les suspensions et les systèmes d’échappement automobiles. Son destin est resté longtemps lié à Renault, dont elle a été la filiale. Le désengagement du constructeur a ouvert une période d’incertitude que la reprise par Europlasma, en avril 2025, devait refermer.

La diversification vers la défense

Le nouveau propriétaire voulait réduire la dépendance à l’automobile. Il comptait notamment produire des corps creux pour des obus de mortier, un débouché porté par la demande européenne en munitions. Ce projet de diversification n’a pas suffi à relancer l’activité.

L’incendie de janvier 2026

Un incendie a interrompu la production en janvier 2026. Selon la CGT, citée par l’AFP, elle n’a jamais vraiment redémarré. Le syndicat affirme aussi qu’Europlasma n’a pas versé toutes les sommes promises. L’entreprise a été placée en redressement judiciaire début juillet pour cessation de paiements, avant la liquidation de ce 15 octobre.

La colère des salariés vise Renault et l’État #

La CGT désigne « le groupe Renault et l’État français » comme responsables de la faillite. « Pour le moment, la Fonderie de Bretagne bascule dans un drame humain et industriel inacceptable », a déclaré le syndicat, selon la dépêche AFP.

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Avant le jugement, l’avocat du CSE avait insisté sur la « responsabilité morale » de Renault dans un entretien accordé à ICI Breizh Izel. Il demandait aussi que l’outil industriel ne soit pas vendu à la découpe, pour garder une chance de réindustrialiser le site plus tard.

Ce que change une liquidation pour une usine #

Une liquidation judiciaire n’a rien à voir avec un redressement. Le redressement laisse une période d’observation pendant laquelle l’activité continue et où un plan de continuation ou de cession peut être trouvé. La liquidation, elle, met fin à l’activité. Un liquidateur est désigné pour vendre les actifs et payer les créanciers dans l’ordre fixé par la loi.

Pour les salariés, la décision ouvre la voie aux licenciements économiques. Les modalités précises seront fixées par les organes de la procédure. Unidivers rappelle d’ailleurs que le calendrier de ces licenciements n’est pas encore public.

Pour le bâtiment et les machines, tout se joue maintenant. Les fours, les lignes de moulage et les équipements de parachèvement d’une fonderie représentent un capital difficile à reconstituer. Une vente pièce par pièce rendrait toute reprise future du site beaucoup plus coûteuse. C’est précisément ce que redoutent les représentants du personnel.

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Un signal pour toute la fonderie française #

Le cas de Caudan n’est pas isolé. La fonderie automobile est prise en étau depuis plusieurs années. Le passage à l’électrique réduit les besoins en pièces de motorisation et d’échappement. Les constructeurs réorganisent aussi leurs achats à l’échelle européenne. Les sites qui dépendaient d’un seul grand donneur d’ordres sont les plus exposés.

La même semaine, l’automobile française a donné un autre signe de tension. Stellantis a confirmé l’arrêt temporaire de ses usines de Sochaux et de Rennes du 23 au 30 octobre, faute de batteries disponibles, comme l’a rapporté Auto Infos. Pour les sous-traitants de rang 1 et 2, chaque semaine d’arrêt chez un constructeur se traduit par des commandes en moins.

Ce que retiennent les industriels

Pour les dirigeants d’usines de sous-traitance, Caudan rappelle trois fragilités classiques. La première est la dépendance à un client unique : quand il se retire, il ne reste presque rien. La deuxième est l’accident industriel, ici un incendie, qui arrête une production déjà fragile au pire moment. La troisième est la diversification lancée trop tard, quand la trésorerie ne permet plus d’attendre que les nouveaux marchés montent en volume.

La suite se jouera dans les prochaines semaines, entre la procédure de liquidation, les mesures d’accompagnement des 244 salariés et l’avenir des équipements. Élus locaux et syndicats devraient continuer à réclamer que le site garde une vocation industrielle.

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